Une démarche participative

 

 

Obtenir le consensus: reconsidérer nos idées premières, détricoter au mieux les besoins de chacun, pour tricoter la solution commune la plus adéquate, élaborer des décisions novatrices qui élèvent la conscience collective.

 

(Christian La Grange, Habitat Groupé. Ecologie, participation, convivialité, Ed terre Vivante, Mens, 2008)

 

 

 

Quartier EcoSolidaire est membre d'ECO-QUARTIER Strasbourg. Depuis 2001, l'association strasbourgeoise milite pour que l'aménagement urbain s'ouvre à des propositions nouvelles qui intègrent la devise du développement durable: répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. ECO-QUARTIER Strasbourg soutient l'émergence et la pérennisation de groupes de projet en autopromotion créés par des particuliers désireux d'adopter à l'échelle d'un bâtiment les orientations des éco-quartiers: densifier l'occupation foncière, favoriser le vivre ensemble par la valorisation du cadre de vie, diminuer l'empreinte écologique de l'habitat, évoluer vers un mode de vie écologiquement et socialement responsable.

 

 

Les différents groupes d'autopromotion. Dans la Communauté Urbaine de Strasbourg: Ecologis, Making Hof, Un Toit Ensemble, Les Tisserins d'Adèle, Illeco, Baugroupe; en dehors de la CUS: Ecolline à Saint-Dié-des-Vosges, Fontaine aux Abeilles à Saverne.

 

 

 

L'autopromotion désigne un mode particulier de réalisation immobilière privée dans lequel la maîtrise d'ouvrage est collective: les futurs habitants se rassemblent et travaillent ensemble à la conception, la réalisation et la gestion d'un habitat qui corresponde à leurs aspirations, dans une perspective écologique, non spéculative et au service d'un projet de vie.

 

Cette réappropriation individuelle et collective de leur lieu de vie par les habitants est la dynamique fondamentale par laquelle l'habitat durable aura des chances d'advenir. Elle va en effet bien plus loin que les "simples" considérations écologiques, économiques ou même sociales autour de l'habitat. Elle relève d'une véritable dialectique entre l'habitant et le lieu dans lequel celui-ci inscrit son séjour. Approfondir la question de l'habitat durable et désirable amène immanquablement ces personnes à s'interroger sur leur propre manière de se situer dans le monde: consommateurs passifs? acteurs réactifs? auteurs réflexifs? Ce questionnement nécessaire les incite à se positionner et à développer leur capacité à faire des choix responsables.

 

Ces choix seront d'autant plus facilement déclinés dans leur quotidien qu'ils s'inscrivent dans la recherche d'une cohérence globale dont les implications vont bien au-delà des seules considérations techniques de construction écologique. Ainsi, pour le philosophe et chercheur en psychologie sociale Abraham Moles, bien avant d'être un cadre de vie l'espace est un matériau de vie. Dans la même veine, Jean-Michel Longneaux affirme que "l'habitat n'est pas qu'un objet, un lieu, un espace (à usage privé) du monde, qui aurait à subir les modes architecturales et sécuritaires ainsi que les progrès de notre époque. D'une façon plus essentielle, l'habitat a pour vocation de permettre à une subjectivité de s'asseoir, de se poser en elle-même, de s'habiter pour prendre possession d'elle-même." (Habitat et utopie: l'exemple de l'habitat groupé, colloque "Habiter autrement", Louvain La Neuve, octobre 2000) Lieu d'expériences signifiantes fondatrices, l'habitation (expression la plus quotidienne de l'habitat) aide l'habitant à assimiler psychiquement à la fois le monde extérieur et son monde intérieur.

 

Parce qu'au quotidien nous sommes plus habités que nous n'habitons, que nous sommes plus agis que nous n'agissons, l'habiter relève de plus en plus d'un engagement conscient et d'une responsabilité assumée, face à la vie, dans le monde et avec les autres. La démarche participative contribue à l'éveil des habitants et les amène à concevoir un habitat qui s'intègre dans les cycles naturels et qui, de là, nourrit leur engagement dans un lien conscient avec leur environnement, aussi bien naturel que social. Ce lien vivant est le terreau où grandit leur sens de la liberté et de la responsabilité dans les choix posés.

 

 

 

Le chantier d'Ecolline (août 2010)

 

 

Le géographe et directeur d'études en sciences sociales Augustin Berque distingue trois niveaux d'approche de la relation à notre planète : d'abord la terre comme substrat matétiel, puis comme biosphère et enfin comme écoumène, c'est-à-dire le lieu du séjour des êtres humains, la terre en tant qu'elle est habitée par l'homme. Le lien écouménal, la relation de l'humanité à l'étendue terrestre, est par nature quelque chose d'éthique. L'habiter humain est tout à la fois un écosystème, il implique un aménagement du monde, et un éthosystème, il suppose une interprétation du monde ordonnée à une vérité transcendante qui lui donne son sens. L'habiter participatif est d'ordre écouménal, il restitue à l'habitant sa dignité dans toute son envergure; tandis que le marché de l'immobilier a tendance à réduire les considérations sur l'habiter en deçà du niveau de la biosphère pour les cantonner à celui de la matière, parfois au mépris de toute dignité humaine. Or l'homme habite lorsqu'il expérimente la signification d'un lieu.

 

"Un lieu neutre démotive l'être. En cela, la modernité a porté atteinte à notre humanité même. Notre devoir envers nous-mêmes, aujourd'hui, est de recréer des lieux qui vaillent d'y vivre humainement. Tant du point de vue de l'éthique que de celui de l'écologie, nous ne pouvons plus accepter la liberté irresponsable que s'est donnée le sujet moderne vis-à-vis de l'environnement terrestre. Pourtant nous ne pouvons pas non plus brader cette liberté pour retourner à la matrice de nos appartenances passées. C'est le moment de définir les implications logiques d'un paradigme écouménal qui dépasserait cette opposition entre appartenance et liberté en une synthèse: l'engagement conscient."

 

(Augustin Berque, être humains sur la terre. Principes d'éthique de l'écoumène, Ed Gallimard, Paris, 1996)

 

 

 

L'emménagement d'Ecologis (septembre 2010)

 

 

L'aventure de l'habitat participatif est une chance pour les personnes qui aspirent à se réapproprier un tant soit peu leur destinée. Pour tous les groupes de projet, c'est une école de la démocratie directe où chacun est appelé à soutenir une parole qui lui est propre et à écouter la parole de l'autre, à l'écouter vraiment, c'est-à-dire accepter la part de l'autre dans la construction commune qui contribue aussi à la "construction" individuelle sur le plan psychologique. Cela suppose l'apprentissage du discernement, pour savoir ne garder que ce qui est vraiment essentiel pour soi, et du lâcher prise pour laisser émerger dans la coopération une intelligence collective qui transcende les courtes vues individuelles.

 

Pour notre groupe, les délais à rallonge ont été en ce sens presque une "bénédiction". Nous avons eu le temps de remettre l'ouvrage sur le métier, encore et encore, et d'affiner l'intuition qui nous anime. Ceci ne peut avoir lieu que si l'architecte est au service du groupe, prêt à revoir ses plans pour que puisse s'y incarner l'alchimie qui naît entre les personnes. Il n'y a pas de leader dans le groupe. Chacun prend sa place à un moment ou à un autre, en fonction du contexte et des compétences sollicitées. La recherche du consensus pour toute décision est la règle. Elle est modérée par la recherche du consentement en cas de décision rapide à prendre (je ne suis pas d'accord avec la décision qui se dégage, mais comme elle porte sur un aspect qui ne fait pas partie de mes essentiels, je consens à ce qu'elle soit prise par le groupe). Ce processus décisionnel prend du temps mais il permet d'approfondir la pertinence et la cohérence des choix validés. Chaque groupe de projet est une petite agora où des citoyens expérimentent la démocratie et se positionnent au fur et à mesure dans ce que l'on pourrait appeler un projet de société: sphère du non-marchand et de l'entraide, partenariat de réseau, économie sociale et solidaire, penser global et agir local parfois intégrés dans une dynamique de développement personnel.

 

Notre groupe a la chance de réunir en son sein un certain nombre de compétences: architecturales, juridiques, relationnelles. Sa particularité consiste en ce que l'architecte, Rémi Florian, fondateur de BIO-ESPACE Architecture, est également maître d'oeuvre et co-maître d'ouvrage. Avec 6 constructeurs, Fontaine aux Abeilles est d'une taille optimale: suffisamment importante pour dégager des moyens nécessaires à la création d'espaces collectifs, suffisamment modeste pour ne pas nécessiter d'assistance à maîtrise d'ouvrage. Le groupe est ainsi relativement autonome, tout en étant impliqué dans le réseau associatif fédéré par ECO-QUARTIER Strasbourg.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



09/06/2011
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