BDH: la logique bio dans l'habitat

 

 

 

La maison respire. [...] Elle est vêtement et elle est monde. La géométrie est transcendée.

 

 

(Gaston Bachelard, La poétique de l'espace, PUF, Paris, 1957)

 

 

 

 

 

 

La Biologie de l'Habitat (BDH) est une démarche développée par Rémi Florian depuis 1988. Elle conçoit la construction comme une interface douce entre l'habitant et son environnement. La BDH vise l'instauration d'un climat intérieur sain et la perméabilité du bâti aux échanges naturels avec la biosphère. Elle étudie les multiples paramètres du lieu, du cadre bâti et des aménagements intérieurs de manière à limiter au maximum leurs impacts sur l'environnement et la santé.

 

 

L'approche de la BDH est de considérer la maison comme un être vivant qui "naît", évolue et "meurt", qui respire, se nourrit de l'investissement matériel et psycho-affectif de ses habitants et qui donne la pleine mesure de sa raison d'être en s'intégrant dans les grands cycles de renouvellement naturel animant la biosphère. La maison est une troisième peau qui délimite le territoire de notre intimité et qui anime notre rapport au monde et à soi-même.

 

  

Notre expérience est intimement liée à celle d'un ou plusieurs lieux dont le "génie" a profondément structuré notre sensibilité. La maison est le prolongement de mon corps; elle est faite à son image. C'est une structure close: elle a un dedans et un dehors - comme la plus infime cellule, le plus primitif des organismes vivants.  

 

 (Jean Onimus, La maison corps et âme. Essai sur la poésie domestique, PUF, Paris, 1991)

 

 

 

 

La BDH reconnaît les 14 cibles de la démarche Haute Qualité Environnementale (HQE)* et les complète dans les domaines de la santé biologique et du confort psychologique: prise en compte des singularités géophysiques, des pollutions électromagnétiques, bio-transparence* de l'enveloppe, qualité des ambiances intérieures. Elle développe son approche de l'habitat en renouant avec une ancienne tradition philosophique présocratique, celle d'Empédocle d'Agrigente, qui met en valeur le rôle des 4 éléments de la matière dans la structuration du monde: l'air, l'eau, la terre et le feu.

 

 

On se demande si la maison n'est pas engrammée dans notre inconscient au même niveau que les éléments, tels que l'eau, le feu, l'air ou la terre, avec leur immense cortège ambivalent de symboles et de suggestions.   

  

(Jean Onimus)

 

  

 

La BDH les reprend sous la forme de 4 cycles naturels majeurs qui animent la biosphère. Elle en tire des critères fondamentaux qui sont systématiquement pris en compte dans 4 familles d'étude.

 

 

1.   Insertion du bâtiment sur le terrain: qualité de l'air local, présence d'eau, niveaux de champs naturels et pollutions ondulatoires (bruit, radioactivité, champ électrique 50 Hz, hyperfréquences), qualité biotique du sol. L'analyse biotique permet de déterminer l'implantation des bâtis et des distributions zones de repos/zones de circulation en fonction de la configuration du terrain: étude du contexte géologique, distribution du champ géomagnétique, variations de la radioactivité locale, détection des axes suspectés de failles et de circulation d'eau en profondeur, mise en évidence des zones vitalisantes du site...

 

 

2.   Harmonie du bâtiment avec son environnement. La conception bioclimatique :

 

identifie les potentiels naturels présents sur le site : exposition solaire, axes des vents dominants, gisement des pluies, inertie géothermique, conductivité électrique du sol;

 

valorise l'énergie solaire en basse saison : compacité et regroupement des bâtis, implantation au nord de la parcelle, orientation vers le sud avec vitrage captant, isolation très performante, stockage et restitution de l'énergie solaire accumulée par l'emploi de matériaux de forte inertie thermique (terre);

 

protège contre les agressions climatiques: diminution de la prise aux vents dominants froids et pluvieux, gestion spécifique des façades ruisselantes, isolation et inertie thermique ciblées pour chaque façade, maîtrise de la surchauffe d'été (protections architecturales, qualité hygroscopique* des matériaux, végétalisation).

 

 

3.   Aménagement de l'enveloppe bâtie : respiration des parois, transpiration naturelle et hygroscopie des matières, biocompatibilité électromagnétique, matériaux renouvelables et de faible énergie grise.

 

 

4.   Gestion des énergies et flux: tempérance de l'air et ventilation douce, récupération et valorisation des eaux de pluie, solaire passif et actif thermique, installation électrique biocompatible.

 

 

  

L'intégration de la maison biologique dans son environnement et sa perméabilité aux échanges naturels sont ainsi autant de gages d'une qualité de vie exceptionnelle pour ses habitants.

 

 

 La maison solaire est une maison sensuelle, ce qui s'y passe à l'intérieur est directement relié à l'univers, au ciel, à l'environnement, à ce que l'on ressent en allant dehors, chaud, froid, clarté... Avec une maison ordinaire, la lumière et la chaleur fonctionnent comme des actants qui créent la relation d'opposition dehors/dedans. Un chauffage qui ne ne se voit pas, car incorporé dans la maison, peut difficilement se percevoir comme autonome et être considéré en tant qu'objet... La maison est un corps qui réchauffe et qui se chauffe lui-même, comme il respire. la maison solaire n'est pas située dans un environnement mais elle en est un élément; elle inclut la nature qui à son tour l'inclut.  

 

 (Salvador Juan, Le temps et l'espace dans la maison solaire, revue Architecture et comportement, vol.3, n°1, 1986)

 

 

  

Bien plus, la maison biologique soutient et nourrit la recherche d'une certaine harmonie dans les rapports de l'homme avec son environnement: sous-enchère technologique et faible empreinte écologique, préservation de la santé et rationalisation des coûts, intégration dans les écosystèmes et architecture harmonique. La BDH est avant tout une démarche optimiste et pragmatique de reconciliation de l'être humain avec son habiter, fondée sur une confiance résolue dans les forces de la Vie.

 

 

 

 

 

Comment l'humanité pourra-t-elle demain encore habiter la Terre? Ce en quoi il s'agit d'une poétique, c'est que cette perspective ne peut pas s'ouvrir par déduction à partir de recettes présentes; il faut qu'il y ait création, c'est-à-dire poïétique d'un monde autre que le monde actuel, car c'est celui-là même qui est insoutenable. Cela au triple sens qu'il n'est pas viable écologiquement, qu'il est injustifiable moralement - car de plus en plus inégalitaire - et qu'il est inacceptable esthétiquement, car il tue le paysage. C'est donc dans une triple réarticulation du Vrai (ici l'adéquation de notre mode de vie aux capacités de la Terre), du Bien et du Beau que nous aurons à déployer ce nouveau poème du monde, au-delà de la modernité qui l'a fait taire en disjoignant les champs respectifs de la technoscience, de l'éthique et de l'esthétique.  

 

 

 

(Augustin Berque, être humains sur la terre. Principes d'éthique de l'écoumène, Gallimard, Paris, 1996)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Petit glossaire

 

HQE : l'association nationale HQE est créée en octobre 1996 par les grands groupes industriels dans le but de promouvoir l'amélioration de la qualité environnementale des bâtiments et la gestion environnementale des opérations de construction. A travers 14 cibles, la démarche HQE aborde les effets de la construction sur l'environnement et sur les occupants en termes de confort et de santé.

 

 

Biotransparence  : l'eau, l'air, la terre et le feu sont les 4 éléments qui symbolisent les grands cycles naturels majeurs. Ces cycles structurent et animent la biosphère, entretiennent la vitalité. D'où l'importance de la biotransparence des parois bâties : les matériaux employés doivent être respirants (cycle de l'air), transpirants (cycle de l'eau), biodégradables (cycle de la terre) et laisser passer les rayonnements électromagnétiques naturels (cycle du feu).

 

 

Hygroscopie : désigne la capacité des matériaux à accumuler l'eau véhiculée sous forme de vapeur, à la stocker et à la relarguer avec un certain déphasage, soit vers l'extérieur, soit dans l'air ambiant quand celui-ci est trop sec. Les matières hygroscopiques par excellence sont issues des végétaux. Leur utilisation en isolation assure un bon climat intérieur en hiver, protège de la surchauffe estivale et optimise l'efficacité énergétique du bâtiment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



26/06/2011
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